Les poètes de sept ans


Georges-Pierre Seurat Circo Sideshow

A P. Demeny

Et la Mère, fermant le livre du devoir,
S'en allait satisfaite et très fière, sans voir,
Dans les yeux bleus et sous le front plein d'éminences,
L'âme de son enfant livrée aux répugnances.

Tout le jour il suait d'obéissance; très
Intelligent; pourtant des tics noirs, quelques traits,
Semblaient prouver en lui d'âcres hypocrisies.
Dans l'ombre des couloirs aux tentures moisies,
En passant il tirait la langue, les deux poings
A l'aine, et dans ses yeux fermés voyait des points.
Une porte s'ouvrait sur le soir: à la lampe
On le voyait, là-haut, qui râlait sur la rampe,
Sous un golfe le jour pendant du toit. L'été
Surtout, vaincu, stupide, il était entêté
A se renfermer dans la fraîcheur des latrines:
Il pensait là, tranquille et livrant ses narines.
Quand, lavé des odeurs du jour, le jardinet
Derrière la maison, en hiver, s'illunait,
Gisant au pied d'un mur, enterré dans la marne
Et pour des visions écrasant son oeil darne,
Il écoutait grouiller les galeux espaliers.
Pitié! Ces enfants seuls étaient ses familiers
Qui, chétifs, fronts nus, oeil déteignant sur la joue,
Cachant de maigres doigts jaunes et noirs de boue
Sous des habits puant la foire et tout vieillots,
Conversaient avec la douceur des idiots!
Et si, l'ayant surpris à des pitiés immondes,
Sa mère s'effrayait; les tendresses, profondes,
De l'enfant se jetaient sur cet étonnement.
C'était bon. Elle avait le bleu regard, - qui ment!

A sept ans, il faisait des romans, sur la vie
Du grand désert, où luit la Liberté ravie,
Forêts, soleils, rives, savanes! - Il s'aidait
De journaux illustrés où, rouge, il regardait
Des Espagnoles rire et des Italiennes.
Quand venait, l'oeil brun, folle, en robes d'indiennes,
- Huit ans, - la fille des ouvriers d'à côté,
La petite brutale, et qu'elle avait sauté,
Dans un coin, sur son dos, en secouant ses tresses,
Et qu'il était sous elle, il lui mordait les fesses,
Car elle ne portait jamais de pantalons;
- Et, par elle meurtri des poings et dees talons,
Remportait les saveurs de sa peau dans sa chambre.

Il craignait les blafards dimanches de décembre,
Où, pommadé, sur un guéridon d'acajou,
Il lisait une Bible à la tranche vert-chou;
Des rêves l'oppressaient chaque nuit dans l'alcôve.
Il n'aimait pas Dieu mais les hommes, qu'au soir fauve,
Noirs, en blouse, il voyait rentrer dans le faubourg
Où les crieurs, en trois roulements de tambour,
Font autour des édits rire et gronder les foules.
- Il rêvait la prairie amoureuse, où dees houles
Lumineuses, parfums sains, pubescences d'or,
Font leur remuement calme et prennent leur essor!

Et comme il savourait surtout les sombres choses,
Quand, dans la chambre nue aux persiennes closes,
Haute et bleue, âcrement prise d'humidité,
Il lisait son roman sans cesse médité,
Plein de lourds ciels ocreux et de forêts noyées,
De fleurs de chair aux bois sidérals déployées,
Vertige, écroulements, déroutes et pitié!
- Tandis que se faisait la rumeur du quuartier,
En bas, - seul, et couché sur des pièces de toile
Ecrue, et pressentant violemment la voile!

26 mai 1871







I poeti di sette anni


A P. Demeny

E la madre, chiudendo il libro del dovere,
Se ne andava contenta e fiera; non vedeva
Negli occhi azzurri e sotto la fronte prominente,
L'anima di suo figlio colma di ripugnanza.

Tutto il giorno sudava obbedienza; era molto
Intelligente; eppure tic neri e qualche tratto
Rivelavano in lui un'acre ipocrisia.
Nei corridoi oscuri dai parati muffosi,
Faceva le boccacce, stringendo i suoi due pugni
All'inguine, e negli occhi chiusi vedeva punti.
Una porta s'apriva nella sara: alla lampada
Lo si vedeva, là, rantolar sulla rampa,
Sotto un golfo di luce che pendeva dal tetto.
L'estate, vinto, ottuso, si ostinava caparbio
A rinchiudersi dentro la frescura dei cessi:
Lì pensava tranquillo, dilatando le nari.
E quando, ripulito dagli odori del giorno,
L'orto dietro la casa, d'inverno, si illunava,
Seduto accanto a un muro, sepolto nella marna
E schiacciandosi gli occhi per avere visioni,
Udiva il brulicare delle spalliere putride.
Che pietà! Suoi compagni eran solo quei bimbi
Che, grami, a fronte nuda, con gli occhi liquescenti,
Celavano i ditini, gialli e neri di fango,
Sotto vecchi vestiti che puzzavan di sciolta,
E parlavan coi modi timidi degli idioti.
Se, dopo averlo colto in turpi compassioni,
Sua madre sbigottiva, la grande tenerezza
Del bimbo si sfogava sopra quello stupore.
Era bello. Ella aveva lo sguardo blu, - che mente!

A sett'anni faceva romanzi sulla vita
Dei deserti, ove splende la Libertà rapita,
Foreste, soli, rive, savane! - Si aiutava
Coi giornali illustrati, sui qualli tutto rosso
Egli guardava ridere Spagnole ed Italiane.
Quando (occhi bruni, folle, vestita di cotone)
Veniva la bambina dei vicini operai,
E lei quasi brutale addosso gli saltava
Sulla schiena, in un angolo, e scuoteva le trecce,
Standole chino sotto le mordeva le natiche:
Dato che mutandine, quella, non ne portava;
- Lui, pesto ed ammaccato da pugni e da pedate,
Portava quel sapore di pelle nella camera.

Temeva le domeniche beffarde di dicembre,
Allora, impomatato, su un tavolo di mogano,
Leggeva in una Bibbia dal taglio verde cavolo.
L'opprimevano i sogni nell'alcova, ogni notte.
Non adorava Dio; amava invece gli uomini
Che nella sera fulva, neri, dentro la blusa,
Rientravano ai sobborghi dove dei banditori
Fanno, coi loro editti, ridere e urlar la folla.
- Sognava praterie ebbre d'amore, dove
Onde di luce, balsami, pubescenze dorate,
Fanno un rumore calmo e prendono lo slancio!

Egli prediligeva le cose tenebrose;
Se nella stanza nuda dalle persiane chiuse,
Alta e azzurra, pervasa di un'acre umidità,
Leggeva un suo romanzo da sempre meditato,
Cieli pesanti d'ocra, foreste immense e ancora
Fiori di carne ai boschi astrali si schiudevano,
Scoscendimenti, rotte, vertigine e pietà!
- Mentre già si animavano i suoni del quartiere,
solo e steso supino su dei pezzi di tela
Grezza, egli presentiva violentemente il mare!

26 maggio 1871


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