Nuit de l'enfer


Vincent Van Gogh Bicchiere d'assenzio e caraffa

      J'ai avalé une fameuse gorgée de poison. - Trois fois béni soit le conseil qui m'est arrivé! - Les entrailles me brûlent. La violence du venin tord mes membres, me rend difforme, me terrasse. Je meurs de soif, j'étouffe, je ne puis crier. C'est l'enfer, l'éternelle peine! Voyez comme le feu se relève! Je brûle comme il faut. Va, démon!
      J'avais entrevu la conversion au bien et au bonheur, le salut. Puis-je décrire la vision, l'air de l'enfer ne soufre pas les hymnes! C'était des millions de créatures charmantes, un suave concert spirituel, la force et la paix, les nobles ambitions, que sais-je?
      Les nobles ambitions!
      Et c'est encore la vie! - Si la damnation est éternelle! Un homme qui veut se mutiler est bien damné, n'est-ce pas? Je me crois en enfer, donc j'y suis. C'est l'exécution du catéchisme. Je suis esclave de mon baptême. Parents, vous avez fait mon malheur et vous avez fait le vôtre. Pauvre innocent! - L'enfer ne peut attaquer les païens. - C'est la vie encore! Plus tard, les délices de la damnation seront plus profondes. Un crime, vite, que je tombe au néant, de par la loi humaine.
      Tais-toi, mais tais-toi!... C'est la honte, le reproche, ici: Satan qui dit que le feu est ignoble, que ma colère est affreusement sotte. - Assez!... Des erreurs qu'on me souffle, magies, parfums, faux, musiques puériles. - Et dire que je tiens la vérité, que je vois la justice: j'ai un jugement sain et arrêté, je suis prêt pour la perfection... Orgueil. - La peau de ma tête se dessèche. Pitié! Seigneur, j'ai peur. J'ai soif, si soif! Ah! l'enfance, l'herbe, la pluie, le lac sur les pierres, le clair de lune quand le clocher sonnait douze... le diable est au clocher, à cette heure. Marie! Sainte-Vierge!... - Horreur de ma bêtise.
      Là-bas, ne sont-ce pas des âmes honnêtes, qui me veulent du bien... Venez... J'ai un oreiller sur la bouche, elles ne m'entendent pas, ce sont des fantômes. Puis, jamais personne ne pense à autrui. Qu'on n'approche pas. Je sens le roussi, c'est certain.
      Les hallucinations sont innombrables. C'est bien ce que j'ai toujours eu: plus de foi en l'histoire, l'oubli des principes. Je m'en tairai: poètes et visionnaires seraient jaloux. Je suis mille fois le plus riche, soyons avare comme la mer.
      Ah ça! l'horloge de la vie s'est arrêtée tout à l'heure. Je ne suis plus au monde. - La théologie est sérieuse, l'enfer est certainement en bas - et le ciel en haut. - Extase, cauchemar, sommeil dans un nid de flammes.
      Que de malices dans l'attention dans la campagne... Satan, Ferdinand, court avec les graines sauvages... Jésus marche sur les ronces purpurines, sans les courber... Jésus marchait sur les eaux irritées. La lanterne nous le montra debout, blanc et des tresses brunes, au flanc d'une vague d'émeraude...
      Je vais éveiller tous les mystères: mystères religieux ou naturels, mort, naissance, avenir, passé, cosmogonie, néant. Je suis maître en fantasmagories.
Écoutez!...
      J'ai tous les talents! - Il n'y a personne ici et il y a quelqu'un: je ne voudrais pas répandre mon trésor. - Veut-on des chants nègres, des danses de houris? Veut-on que je disparaisse, que je plonge à la recherche de l'anneau? Veut-on? Je ferai de l'or, des remèdes.
      Fiez-vous donc à moi, la foi soulage, guide, guérit. Tous, venez, - même les petits enfants, - que je vous console, qu'on répande pour vous son coeur, - le coeur merveilleux! - Pauvres hommes, travailleurs! Je ne demande pas de prières; avec votre confiance seulement, je serai heureux.
      - Et pensons à moi. Ceci me fait peu regretter le monde. J'ai de la chance de ne pas souffrir plus. Ma vie ne fut que folies douces, c'est regrettable.
      Bah! faisons toutes les grimaces imaginables.
      Décidément, nous sommes hors du monde. Plus aucun son. Mon tact a disparu. Ah! mon château, ma Saxe, mon bois de saules. Les soirs, les matins, les nuits, les jours... Suis-je las!
      Je devrais avoir mon enfer pour la colère, mon enfer pour l'orgueil, - et l'enfer de la caresse; un concert d'enfers.
      Je meurs de lassitude. C'est le tombeau, je m'en vais aux vers, horreur de l'horreur! Satan, farceur, tu veux me dissoudre, avec tes charmes. Je réclame. Je réclame! un coup de fourche, une goutte de feu.
      Ah! remonter à la vie! Jeter les yeux sur nos difformités. Et ce poison, ce baiser mille fois maudit! Ma faiblesse, la cruauté du monde! Mon dieu, pitié, cachez-moi, je me tiens trop mal! - Je suis caché et je ne le suis pas.
      C'est le feu qui se relève avec son damné.







Notte dell'inferno


      Ho ingoiato una bella sorsata di veleno. - Tre volte benedetto il consiglio che mi è giunto! - Le budella mi bruciano. La violenza del veleno torce le mie membra, mi rende deforme, mi annienta. Muoio di sete, soffoco, non posso gridare. È l'inferno, la pena eterna! Guardate come il fuoco si ravviva! Brucio come si deve. Va', demonio!
      Avevo intravisto la conversione al bene e alla felicità, la salvezza. Posso descrivere la visione, l'aria dell'inferno non tollera gli inni! Erano milioni di incantevoli creature, un soave concerto spirituale, la forza e la pace, le nobili ambizioni, che so?
      Le nobili ambizioni!
      Ed è ancora vita! - Se la dannazione è eterna! Un uomo che vuol mutilarsi è ben dannato, vero? Mi credo all'inferno, dunque ci sono. È il compimento del catechismo. Sono schiavo del mio battesimo. Genitori, avete fatto la mia rovina, e avete fatto la vostra. Povero innocente! l'inferno non può intaccare i pagani. - È ancora la vita! Più tardi, le delizie della dannazione saranno più profonde. Presto, un delitto, che io possa cadere nel nulla, secondo la legge umana.
      Taci, ma taci!... Qui è la vergogna, il rimprovero: Satana che dice che il fuoco è ignobile, che la mia collera è terribilmente sciocca. - Basta!... Errori che altri m'insinuano: magie, falsi profumi, musiche puerili. - E dire che ho in pugno la verità, che vedo la giustizia: ho un giudizio sano e sicuro, sono pronto per la perfezione... Orgoglio. - La pelle della testa mi si secca. Pietà! Signore, ho paura. Ho sete, molta sete! Ah! l'infanzia, l'erba, la pioggia, il lago sulle pietre, il chiaro di luna quando il campanile suonava le dodici... il diavolo c'è sul campanile, a quest'ora. Maria! Vergine Santa!... - Orrore della mia stupidità.
      Laggiù, non ci sono per caso anime oneste, che mi vogliono bene... Venite... Ho un cuscino sulla bocca, non mi sentono, sono fantasmi. Del resto, nessuno pensa mai agli altri. Non avvicinatevi. So di bruciato, questo è certo.
      Le allucinazioni sono molteplici. È proprio ciò che ho sempre avuto: nessuna fede nella storia, l'oblio dei princìpi. Non parlerò: poeti e visionari sarebbero gelosi. Sono mille volte il più ricco, voglio essere avaro come il mare.
      Questa poi! l'orologio della vita si è fermato poco fa. Non sono più al mondo. - La teologia è seria, l'inferno è certamente in basso - e il cielo in alto. - Estasi, incubo, sonno in un nido di fiamme.
      Quante malizie nel contemplare la campagna... Satana, Ferdinand, corre con i semi selvatici... Gesù camminava sui rovi purpurei, senza piegarli... Gesù camminava sulle acque agitate. La lanterna ce lo mostrò in piedi, bianco e con trecce brune, sul fianco di un'onda di smeraldo...
      Sto per svelare tutti i misteri: misteri religiosi o naturali, morte, nascita, avvenire, passato, cosmogonia, il nulla. Sono maestro in fantasmagorie.
      Udite!...
      Ho tutti i talenti! - Non c'è nessuno qui, e c'è qualcuno: non vorrei sperperare il mio tesoro. - Volete canti negri, danze di urì? Volete ch'io sparisca, che mi tuffi alla ricerca dell'anello? Lo volete? Farò dell'oro, dei rimedi.
      Fidatevi dunque di me, la fede conforta, guida, guarisce. Venite, tutti, - anche i fanciulli, - che io vi consoli, che per voi si sparga il mio cuore, - il cuore meraviglioso! - Poveri uomini, lavoratori! Io non chiedo preghiere; con la vostra fiducia soltanto, sarò felice.
      - E pensiamo a me. Ciò mi fa rimpiangere assai poco il mondo. Son fortunato a non soffrire più. La mia vita non fu che dolci follie, è deplorevole.
      Bah! facciamo tutte le smorfie immaginabili.
      Decisamente, siamo fuori dal mondo. Nemmeno più un suono. Il mio tatto è scomparso. Ah! il mio castello, la mia Sassonia, il mio bosco di salici. Le sere, i mattini, le notti, i giorni.... Sono stanco!
      Dovrei avere il mio inferno per la collera, il mio inferno per l'orgoglio, - e l'inferno della carezza; un concerto di inferni.
      Muoio di stanchezza. È la tomba, me ne vado ai vermi, orrore dell'orrore! Satana, buffone, tu vorresti dissolvermi, con i tuoi incantesimi. Io esigo. Io esigo! un colpo di forca, una goccia di fuoco.
      Ah! risalire alla vita! Dare un'occhiata alle nostre deformità. E questo veleno, questo bacio mille volte maledetto! La mia debolezza, la crudeltà del mondo! Mio Dio, pietà, nascondimi, io mi comporto troppo male! - Io sono nascosto e non lo sono.
      È il fuoco che si ravviva con il suo dannato.


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