Délires I. Vierge folle


Jan Torop Il desiderio e l'acquietamento

L'EPOUX INFERNAL

Ecoutons la confession d'un compagnon d'enfer:
"O divin Epoux, mon Seigneur, ne refusez pas la confession de la plus triste de vos servantes. Je suis perdue. Je suis soûle. Je suis impure. Quelle vie!
"Pardon, divin Seigneur, pardon! Ah! pardon! Que de larmes! Et que de larmes encore plus tard, j'espère!
"Plus tard, je connaîtrai le divin Epoux! Je suis née soumise à Lui. - L'autre peut me battre maintenant!
"A présent, je suis au fond du monde! O mes amies!... non, pas mes amies... Jamais délires ni tortures semblables... Est-ce bête!
"Ah! je souffre, je crie. Je souffre vraiment. Tout pourtant m'est permis, chargée du mépris des plus méprisables coeurs.
"Enfin, faisons cette confidence, quitte à la répéter vingt autres fois, - aussi morne, aussi insignifiante!
"Je suis esclave de l'époux infernal, celui qui a perdu les vierges folles. C'est bien ce démon-là. Ce n'est pas un spectre, ce n'est pas un fantôme. Mais moi qui ai perdu la sagesse, qui suis damnée et morte au monde, - on ne me tuera pas! - Comment vous le décrire! Je ne sais même plus parler. Je suis en deuil, je pleure, j'ai peur. Un peu de fraîcheur, Seigneur, si vous voulez, si vous voulez bien!
"Je suis veuve... - J'étais veuve... - mais oui, j'ai été bien sérieuse jadis, et je ne suis pas née pour devenir squelette!... - Lui était presque un enfant... Ses délicatesses mystérieuses m'avaient séduite. J'ai oublié tout mon devoir humain pour le suivre. Quelle vie! La vraie vie est absente. Nous ne sommes pas au monde. Je sais où il va, il le faut. Et souvent il s'emporte contre moi, moi, la pauvre âme. Le Démon! - c'est un Démon, vous savez, ce n'est pas un homme.
"Il dit: 'Je n'aime pas les femmes. L'amour est à réinventer, on le sait. Elles ne peuvent plus que vouloir une position assurée. La position gagnée, coeur et beauté sont mis de côté: il ne reste que froid dédain, l'aliment du mariage, aujourd'hui. Ou bien je vois des femmes, avec les signes du bonheur, dont, moi, j'aurai pu faire de bonnes camarades, dévorées tout d'abord par des brutes sensibles comme des bûchers...'
"Je l'écoute faisant de l'infamie une gloire, de la cruauté un charme. 'Je suis de race lointaine: mes pères étaient Scandinaves: il se perçaient les côtes, buvaient leur sang. - Je me ferai des entailles partout le corps, je me tatouerai, je veux devenir hideux comme un Mongol: tu verras, je hurlerai dans les rues. Je veux devenir bien fou de rage. Ne me montre jamais de bijoux, je ramperais et me tordrais sur le tapis. Ma richesse, je la voudrais tachée de sang partout. Jamais je ne travaillerai...' Plusieurs nuits, son démon me saisissant, nous nous roulions, je luttais avec lui! - Les nuits, souvent, ivre, il se poste dans des rues ou dans des maisons, pour m'épouvanter mortellement. - 'On me coupera vraiment le cou; ce sera dégoûtant.' Oh! ces jours où il veut marcher avec l'air du crime!
"Parfois il parle, en une façon de patois attendri, de la mort qui fait repentir, des malheureux qui existent certainement, des travaux pénibles, des départs qui déchirent les coeurs. Dans les bouges où nous nous enivrions, il pleurait en considérant ceux qui nous entouraient, bétail de la misère. Il relevait les ivrognes dans les rues noires. Il avait la pitié d'une mère méchante pour les petits enfants. - Il s'en allait avec des gentillesses de petite fille au catéchisme. - Il feignait d'être éclairé sur tout, commerce, art, médecine. - Je le suivais, il le faut!
"Je voyais tout le décor dont, en esprit, il s'entourait; vêtements, draps, meubles: je lui prêtais des armes, une autre figure. Je voyais tout ce qui le touchait, comme il aurait voulu le créer pour lui. Quand il me semblait avoir l'esprit inerte, je le suivais, moi, dans des actions étranges et compliquées, loin, bonnes ou mauvaises: j'étais sûre de ne jamais entrer dans son monde. à côté de son cher corps endormi, que d'heures des nuits j'ai veillé, cherchant pourquoi il voulait tant s'évader de la réalité. Jamais homme n'eût pareil voeu. Je reconnaissais, - sans craindre pour lui, - qu'il pouvait être un sérieux danger dans société. - Il a peut-être des secrets pour changer la vie? Non, il ne fait qu'en chercher, me répliquais-je. Enfin sa charité est ensorcelée, et j'en suis la prisonnière. Aucune autre âme n'aurait assez de force, - force de désespoir! - pour la supporter, - pour être protégée et aimée par lui. D'ailleurs, je ne me le figurais pas avec une autre âme: on voit son Ange, jamais l'Ange d'un autre, - je crois. J'étais dans son âme comme dans un palais qu'on a vidé pour ne pas voir une personne si peu noble que vous: voilà tout. Hélas! je dépendais bien de lui. Mais que voulait-il avec mon existence terne et lâche? Il ne me rendait pas meilleure, s'il ne me faisait pas mourir! Tristement dépitée, je lui dis quelquefois: 'Je te comprends.' Il haussait les épaules.
"Ainsi, mon chagrin se renouvelant sans cesse, et me trouvant plus égarée à ses yeux, - comme à tous les yeux qui auraient voulu me fixer, si je n'eusse été condamnée pour jamais à l'oubli de tous! - j'avais de plus en plus faim de sa bonté. Avec ses baisers et ses étreintes amies, c'était bien un ciel, un sombre ciel, où j'entrais, et où j'aurais voulu être laissée, pauvre, sourde, muette, aveugle. Déjà j'en prenais l'habitude. Je nous voyais comme deux bons enfants, libres de se promener dans le Paradis de tristesse. Nous nous accordions. Bien émus, nous travaillions ensemble. Mais, après une pénétrante caresse, il disait: 'Comme ça te paraîtra drôle, quand je n'y serai plus, ce par quoi tu as passé. Quand tu n'auras plus mes bras sous ton cou, ni mon coeur pour t'y reposer, ni cette bouche sur tes yeux. Parce qu'il faudra que je m'en aille, très-loin, un jour. Puis il faut que j'en aide d'autres: c'est mon devoir. Quoique ce ne soit guère ragoûtant... , chère âme...' Tout de suite je me pressentais, lui parti, en proie au vertige, précipitée dans l'ombre la plus affreuse: la mort. Je lui faisais promettre qu'il ne me lâcherait pas. Il l'a faite vingt fois, cette promesse d'amant. C'était aussi frivole que moi lui disant: 'Je te comprends.'
"Ah! je n'ai jamais été jalouse de lui. Il ne me quittera pas, je crois. Que devenir? Il n'a pas une connaissance; il ne travaillera jamais. Il veut vivre somnambule. Seules, sa bonté et sa charité lui donneraient-elles droit dans le monde réel? Par instants, j'oublie la pitié où je suis tombée: lui me rendra forte, nous voyagerons, nous chasserons dans les déserts, nous dormirons sur les pavés des villes inconnues, sans soins, sans peines. Ou je me réveillerai, et les lois et les moeurs auront changé, - grâce à son pouvoir magique, - le monde, en restant le même, me laissera à mes désirs, joies, nonchalances. Oh! la vie d'aventures qui existe dans les livres des enfants, pour me récompenser, j'ai tant souffert, me la donneras-tu? Il ne peut pas. J'ignore son idéal. Il m'a dit avoir des regrets, des espoirs: cela ne doit pas me regarder. Parle-t-il à Dieu? Peut-être devrais-je m'adresser à Dieu. Je suis au plus profond de l'abîme, et je ne sais plus prier.
"S'il m'expliquait ses tristesses, les comprendrai-je plus que ses railleries? Il m'attaque, il passe des heures à me faire honte de tout ce qui m'a pu toucher au monde, et s'indigne si je pleure.
"'Tu vois cet élégant jeune homme, entrant dans la belle et calme maison: il s'appelle Duval, Dufour, Armand, Maurice, que sais-je? Une femme s'est dévouée à aimer ce méchant idiot: elle est morte, c'est certes une sainte au ciel, à présent. Tu me feras mourir comme il a fait mourir cette femme. C'est notre sort à nous, coeurs charitables...' Hélas! Il avait des jours où tous les hommes agissant lui paraissaient les jouets de délires grotesques: il riait affreusement, longtemps. - Puis, il reprenait ses manières de jeune mère, de soeur aimée. S'il était moins sauvage, nous serions sauvés! Mais sa douceur aussi est mortelle. Je lui suis soumise. - Ah! je suis folle!
"Un jour peut-être il disparaîtra merveilleusement; mais il faut que je sache, s'il doit remonter à un ciel, que je voie un peu l'assomption de mon petit ami!"
Drôle de ménage!







Deliri I. Vergine folle


LO SPOSO INFERNALE

Ascoltiamo la confessione di un compagno d'inferno: "Oh Sposo divino, mio signore, non rifiutate la confessione della più triste delle vostre ancelle. Sono perduta. Sono ubriaca. Sono impura. Che vita!
"Perdono, divino Signore, perdono! Ah! perdono! Quante lacrime! E ancora quante lacrime più tardi, spero!
"Più tardo conoscerò il divino Sposo! Sono nata sottomessa a Lui. - L'altro può anche picciarmi, adesso!
"Per ora, sono in fondo al mondo! Oh amiche mie!... no, amiche no... Mai simili deliri e torture... Che idiozia!
"Ah! io soffro, grido. Soffro davvero. Eppure tutto mi è lecito, gravata dal disprezzo dei cuori più spregevoli.
"Insomma, eccovi questa confidenza, salvo ripeterla altre venti volte, - non meno squallida, altrettanto insignificante!
"Sono schiava dello Sposo infernale, di colui che ha dannato le vergini folli. Proprio lui, quel demonio. Non è uno spettro, non è un fantasma. Ma io che ho perso la saggezza, io che sono dannata e morta al mondo, - non mi uccideranno! - Come descriverlo? Non so più neanche parlare. Sono in lutto, piango, ho paura. Un po' di refrigerio, Signore, se non vi dispiace, sì, se non vi spiace!
"Sono vedova... - Ero vedova... - ma sì, fui molto seria, un tempo, e non ero nata per diventare scheletro!... Lui era quasi un bambino... Le sue delicatezze misteriose mi avevano sedotta. Per seguirlo, ho dimenticato ogni umano dovere. Noi non siamo al mondo. Vado dove va lui, è necessario. E spesso egli s'infuria contro di me, contro di me, povera anima. Demonio! - È un demonio, sapete, non è mica un uomo.
"Dice: 'Le donne non le amo. L'amore è da reinventare, si sa. Ormai loro non possono aspirare ad altro che a una posizione sicura. Conquistata la posizione, cuore e bellezza vengon messi da parte: non rimane che un freddo disprezzo, alimento del matrimonio, oggi. Oppure vedo delle donne con i segni della felicità, delle quali io avrei potuto fare buone compagne, subito divorate da bruti sensibili come roghi...'
"Io lo ascolto mentre fa dell'infamia una gloria, della crudeltà una malìa. 'Appartengo a una razza lontana: i miei padri erano scandinavi: si trafiggevano il costato, bevevano il proprio sangue. Mi farò tagli per tutto il corpo, mi farò dei tatuaggi, voglio diventare ripugnante come un Mongolo: vedrai, urlerò per le strade. Voglio diventare proprio pazzo di rabbia. Non mostrarmi mai dei gioielli, mi trascinerei e contorcerei sul tappeto. La mia ricchezza, la vorrei chiazzata di sangue dappertutto. Io non lavorerò mai...' Molte notti, quando il suo demone mi ghermiva, rotolavamo insieme, lottavo con lui! - Le notti, spesso, si apposta ubriaco per le strade o nelle case, per spaventarmi a morte. - 'Mi taglieranno il collo sul serio; sarà disgustoso.' Oh! quei giorni in cui vuol camminare con l'aria del delitto!
"A volte parla, in una sorta di tenero dialetto, della morte che fa pentire, degli infelici che sicuramente esistono, dei lavori penosi, delle partenze che straziano i cuori. Nelle bettole in cui ci ubriacavamo, piangeva considerando quelli che ci stavano attorno, bestiame della miseria. Rialzava gli ubriachi nei vicoli oscuri. Aveva pietà d'una madre cattiva per i bambini piccoli. - Andava in giro con le maniere graziose di una fanciulla al catechismo. - Fingeva d'essere al corrente di tutto, commercio, arte, medicina. - Io lo seguivo, è necessario!
"Vedevo tutto l'addobbo di cui, mentalmente, si circondava: vestiti, drappi, mobili; gli attribuivo armi, un altro aspetto. Vedevo tutto ciò che lo riguardava da vicino, come avrebbe voluto crearlo per sé. Quando mi sembrava che avesse lo spirito inerte, lo seguivo, io, in azioni strane e complicate, lontano, buone o cattive: ero sicura di non penetrare mai nel suo mondo. Accanto a quel caro corpo addormentato, quante ore della notte ho vegliato, chiedendomi perché volesse tanto evadere dalla realtà. Nessun altro uomo ebbe mai un desiderio simile. Riconoscevo, - senza temere per lui, - che poteva rappresentare un pericolo grave per la società. Ha forse dei segreti per cambiare la vita? No, mi rispondevo, li cerca soltanto. Insomma, la sua carità è stregata, e io ne sono prigioniera. Nessun'altra anima avrebbe abbastanza forza, - forza della disperazione! - per sopportarla, - per essere amata e protetta da lui. D'altrone, non me lo figuravo con un'altra anima: si vede il proprio Angelo, mai l'Angelo di un altro, - credo. Stavo nella sua anima come in un palazzo che è stato sgomberato per non vedere una persona poco nobile come te: ecco tutto. Ahimé! dipendevo davvero da lui. Ma che cosa voleva con la mia esistenza squallida e vile? Non mi rendeva migliore, anche se non mi faceva morire! Tristemente stizzita, a volte gli dissi: 'Ti capisco'. Lui scuoteva le spalle.
"Così, poiché la mia pena si rinnovava di continuo, e mi ritrovavo più smarrita a i miei stessi occhi, - come a tutti quegli occhi che avessero voluto fissarmi, se non fossi stata condannata per sempre a essere dimenticata da tutti! - avevo sempre più fame della sua bontà. Con i sui baci e i suoi amplessi amici, era davvero un cielo, un cielo cupo quello in cui entravo, e dove avrei voluto che mi lasciassero, povera, sorda, muta, cieca. Ormai mi stavo abituando. Vedevo noi due come bravi ragazzi, liberi di vagare nel Paradiso della tristezza. Ci accordavamo. Molto commossi, lavoravamo insieme. Ma dopo una carezza penetrante mi diceva: 'Come ti sembrerà strano, quando io non ci sarò più, quello che hai passato. Quando non avrai più le mie braccia sotto la nuca né il mio cuore per il tuo riposo, né questa bocca sui tuoi occhi. Perché bisognerà che me ne vada, molto lontano, un giorno. E poi devo aiutarne altri: è il mio dovere. Anche se non troppo appetitoso..., cara anima...' Di colpo mi sentivo, dopo la sua partenza, in preda alla vertigine, precipitato nell'ombra più atroce: la morte. Gli facevo promettere di non abbandonarmi. L'ha fatta venti volte, questa promessa d'amante. Ed era cosa frivola, come quando io gli dicevo: 'Ti capisco.' "Ah! non sono mai stata gelosa di lui. No, non credo che mi abbandonerà. Che farebbe? Non ha conoscenti, non lavorerà mai. Vuol vivere da sonnambulo. La sua bontà e la sua carità, potrebbero dargli diritto al mondo reale? Ogni tanto dimentico la miseria in cui sono caduta: mi renderà forte, viaggeremo, andremo a caccia nei deserti, dormiremo sui selciati di città sconosciute, senza cure, senza pene. Oppure mi risveglierò, e le leggi e i costumi saranno mutati, - grazie al suo potere magico, - il mondo, pur rimanendo lo stesso, mi lascerà ai miei desideri, alle gioie, alle indolenze. Oh! la vita d'avventure che esiste nei libri per bambini, ho sofferto così tanto, per ricompensarmi, me la darai? Non può. Ignoro il suo ideale. Mi ha detto di avere rimpianti, speranze: tutte cose che non devono riguardare me. Parla con Dio? Forse dovrei rivolgermi a Dio. Sono nel profondo dell'abisso, e non so più pregare.
"Se mi spiegasse le sue tristezze, le capirei meglio dei suoi scherni? Si infuria con me, passa ore ed ore a farmi vergognare di tutto quel che al mondo poteva starmi a cuore, e se piango si indigna.
"'Vedi quel giovanotto elegante che entra nella bella casa serena: si chiama Duval, Dufour, Armand, Maurice, che ne so? Una donna si è consacrata all'amore di quell'iniquo imbecille: è morta, adesso è certamente una santa, in cielo. Tu mi farai morire come lui ha fatto morire quella donna. È la nostra sorte, noi cuori caritatevoli...' Ahimé! c'erano giorni in cui tutti gli uomini che agiscono gli parevano in balia di deliri grotteschi: rideva spaventosamente, a lungo. - Poi, riprendeva i suoi modi di giovane madre. Se fosse meno selvatico, saremmo salvi! Ma anche la sua dolcezza è mortale. Io gli sono sottomessa. - Ah! sono pazza!
"Forse, un giorno sparirà meraviglisamente; ma occorre che io sappia, se deve risalire a un cielo, che io veda un po' l'assunzione del mio amichetto!"
Strano ménage!


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